Leishmaniose canine : symptômes, diagnostic et traitement
Vous revenez de vacances dans le Var avec votre chien, et quelques mois plus tard, il maigrit, a des croûtes sur le museau et ses ganglions sont enflés. La leishmaniose est souvent la première maladie à laquelle on pense. Elle mérite qu'on s'y attarde sérieusement, car son diagnostic et son traitement sont plus complexes qu'une simple antiparasitose.
Leishmania infantum : le parasite et son cycle
La leishmaniose canine en Europe est causée exclusivement par Leishmania infantum, un protozoaire intracellulaire obligatoire de la famille des Trypanosomatidae. Le parasite existe sous deux formes : la forme promastigote (flagellée, présente dans l'insecte vecteur) et la forme amastigote (sans flagelle, intracellulaire, présente dans les cellules du système phagocytaire mononucléé du chien ou de l'homme).
Le vecteur : le phlébotome
La transmission se fait exclusivement par la piqûre d'un phlébotome femelle infecté. En Europe, les espèces vectrices principales sont Phlebotomus perniciosus et Phlebotomus ariasi. Ces petits insectes ressemblent à des moucherons (3 mm environ), sont actifs au crépuscule et la nuit, et ne volent pas par vent fort. Ils sont présents dans les zones chaudes, humides et ombragées : vieux murs, tas de pierres, végétation dense.
La zone historique d'endémie en France couvre le pourtour méditerranéen (Var, Alpes-Maritimes, Hérault, Gard, Corse) et la Corse. Depuis les années 2000, des études entomologiques ont détecté des phlébotomes remontant vers le nord. La Loire-Atlantique et l'Indre-et-Loire ne sont pas des zones à risque établi, mais la situation évolue. Les chiens tourangeaux voyageant dans les zones endémiques représentent la majorité des cas diagnostiqués à la clinique.
Le cycle parasitaire
Lors de la piqûre d'un chien infecté, le phlébotome ingère des macrophages contenant des amastigotes. Dans son tube digestif, les parasites se transforment en promastigotes, se multiplient et migrent vers les glandes salivaires. Lors de la prochaine piqûre, ils sont injectés avec la salive dans un nouvel hôte. Chez le chien, les promastigotes sont phagocytés par les macrophages et se transforment en amastigotes intracellulaires. Ils se multiplient dans le système réticulo-endothélial (rate, foie, moelle osseuse, ganglions) et disséminent dans tout l'organisme.
La période d'incubation est longue et imprévisible : de 3 mois à 7 ans. Un chien infecté peut rester asymptomatique pendant des années avant que la maladie ne s'extériorise, selon l'équilibre entre la charge parasitaire et la réponse immunitaire de l'hôte.
Symptômes de la leishmaniose chez le chien
La leishmaniose est une maladie systémique à expression multiviscérale. Elle n'a pas un tableau clinique unique. Elle peut mimer des dizaines d'autres maladies, ce qui complique le diagnostic.
Signes cutanés (les plus visibles)
- Dépigmentation péri-oculaire en "lunettes" : perte de pigmentation et de poils autour des yeux, signe quasi pathognomonique chez le Boxer, le Rottweiler ou le Labrador.
- Squames diffuses : desquamation importante de la peau, fourrure terne et cassante.
- Ulcères cutanés : sur les protubérances osseuses (coudes, jarrets, boîte crânienne), lésions qui ne cicatrisent pas.
- Onychogryphose : hypertrophie et déformation des griffes, qui poussent de façon anormale, courbée, parfois très longue. Signe classique de la leishmaniose chronique.
- Epistaxis : saignement de nez spontané, souvent récidivant, lié aux troubles de la coagulation (thrombocytopénie, vasculite).
Signes généraux
- Amaigrissement progressif malgré un appétit conservé : l'animal perd de la masse musculaire (cachexie).
- Adénomégalie généralisée : ganglions périphériques palpables et augmentés de volume (sous-maxillaires, pré-scapulaires, inguinaux, poplités).
- Splénomégalie et hépatomégalie : rate et foie augmentés de volume, palpables dans l'abdomen.
- Polyurie-polydipsie : l'animal boit et urine beaucoup plus que d'habitude (signe d'une atteinte rénale débutante).
- Atteinte oculaire : uvéite, kératoconjonctivite, épiphora.
Diagnostic : PCR et sérologie IFAT
Le diagnostic de leishmaniose repose sur la combinaison de l'examen clinique, du bilan biologique et des tests parasitologiques spécifiques.
Bilan biologique général
La numération formule sanguine (NFS) et la biochimie orientent le diagnostic : anémie non régénérative fréquente, thrombocytopénie (plaquettes basses), hyperprotéinémie (taux de protéines total élevé avec inversion du rapport albumine/globulines), élévation de la créatinine et de l'urée (insuffisance rénale), élévation des enzymes hépatiques (ALAT, phosphatases alcalines). L'électrophorèse des protéines sériques montre une hypergammaglobulinémie caractéristique.
Sérologie IFAT (Immunofluorescence Indirecte)
La sérologie IFAT (Indirect Fluorescent Antibody Test) est la méthode de référence pour le dépistage sérologique. Elle mesure le titre d'anticorps anti-Leishmania infantum dans le sérum du chien. Un titre supérieur ou égal à 1/160 est considéré positif significatif. Les chiens en phase précoce ou avec une réponse immune cellulaire efficace (chiens dits "résistants") peuvent avoir des titres bas voire négatifs malgré une infection active. C'est pourquoi la sérologie seule ne suffit pas toujours.
PCR (réaction de polymérisation en chaîne)
La PCR détecte directement l'ADN de Leishmania infantum dans l'échantillon analysé. Elle peut être réalisée sur sang périphérique, moelle osseuse (la plus sensible), ganglion lymphatique, peau ou urine. La PCR sur moelle osseuse est l'examen le plus sensible mais nécessite une sédation. La PCR sur sang est moins invasive et souvent suffisante pour le suivi thérapeutique. Une diminution de la charge parasitaire en PCR quantitative est un bon indicateur de réponse au traitement.
| Examen | Sensibilité | Intérêt principal | Prélèvement |
|---|---|---|---|
| Sérologie IFAT | 80–90 % (formes cliniques) | Dépistage, suivi | Sang |
| PCR sang | 70–85 % | Confirmation, suivi charge parasitaire | Sang EDTA |
| PCR moelle osseuse | > 95 % | Confirmation en cas de doute | Ponction moelle (sédation) |
| Cytologie ganglionnaire | Variable (50–70 %) | Rapide, peu invasif, visualisation directe | Cytoponction ganglion |
Traitement de la leishmaniose canine
La leishmaniose ne se guérit pas au sens bactériologique du terme. L'objectif du traitement est de contrôler la multiplication parasitaire, mettre le chien en rémission clinique et préserver la fonction rénale. La maladie peut récidiver à l'arrêt du traitement ou lors d'un stress immunitaire.
Méglumine antimoniate (Glucantime)
La méglumine antimoniate est un antimonié pentavalent utilisé en traitement d'attaque. Elle est administrée en injections sous-cutanées quotidiennes pendant 28 à 30 jours. Son mécanisme d'action repose sur l'inhibition de la glycolyse et de l'oxydation des acides gras dans les amastigotes. Elle est efficace et permet une rémission clinique rapide chez la majorité des chiens, mais sa toxicité rénale impose une surveillance biologique régulière (créatinine, urée) pendant le traitement. Elle est souvent associée à l'allopurinol.
Allopurinol
L'allopurinol est un inhibiteur de la xanthine oxydase utilisé en médecine humaine dans la goutte. Chez le chien leishmanien, il agit en perturbant le métabolisme des purines du parasite. Son grand avantage : il est administré per os (comprimés) à raison de 10 mg/kg deux fois par jour, et peut être maintenu au long cours comme traitement d'entretien après la phase d'attaque. La durée est souvent de plusieurs années, voire à vie chez les chiens qui rechutent rapidement à l'arrêt. Un point de vigilance : l'allopurinol peut provoquer une xanthinurie et la formation de calculs urinaires de xanthine chez certains chiens. Surveiller l'alimentation (limiter les purines) et faire une échographie vésicale annuelle.
Miltefosine (Milteforan)
La miltefosine est une alternative orale aux antimonies, administrée pendant 28 jours. Elle est bien tolérée et présente un profil de toxicité plus favorable pour les chiens avec une insuffisance rénale modérée. Son principal inconvénient est son coût plus élevé.
Suivi et pronostic
Le suivi thérapeutique repose sur la réévaluation clinique et biologique (NFS, biochimie, protéines) à 1 mois, 3 mois, puis 6 mois après le début du traitement, puis semestriellement. La sérologie IFAT et la PCR quantitative permettent d'évaluer la charge parasitaire résiduelle. Le pronostic dépend principalement du stade rénal au diagnostic : un chien sans insuffisance rénale établie au moment du traitement a un très bon pronostic à long terme. En présence d'une insuffisance rénale avancée (stade III-IV selon la classification IRIS), le pronostic est plus réservé.
Prévention : vaccin Canileish et antiparasitaires
Vaccin Canileish (Virbac)
Canileish est le seul vaccin autorisé en Europe contre la leishmaniose canine. Il stimule une réponse immunitaire à médiation cellulaire (lymphocytes T cytotoxiques) plutôt qu'humorale, ce qui est cohérent avec le mécanisme de protection naturelle observé chez les chiens résistants. Le protocole vaccinal initial est de 3 injections à 3 semaines d'intervalle, puis un rappel annuel. Le vaccin ne peut être administré qu'à des chiens séronégatifs (test IFAT négatif obligatoire avant la primo-vaccination). L'efficacité est estimée à 70 % de réduction du risque de forme clinique.
Protection antiparasitaire contre les phlébotomes
Le vaccin seul ne suffit pas. La protection contre les piqûres de phlébotomes est indispensable, surtout lors de séjours en zone endémique. Les produits actifs :
- Collier Seresto (imidaclopride + fluméthrine) : effet répulsif et insecticide pendant 8 mois. Protection validée contre les phlébotomes.
- Spot-on à base de perméthrine : application mensuelle, effet répulsif contre les phlébotomes. Attention : la perméthrine est mortellement toxique pour les chats. Ne jamais appliquer sur un chat ni sur un chien vivant avec des chats qui se toilettent mutuellement.
- Deltaméthrine (collier Scalibor) : effet répulsif validé contre les phlébotomes, durée 5 à 6 mois.
Les mesures complémentaires lors des séjours dans le Sud : éviter les sorties entre le crépuscule et l'aube (pic d'activité des phlébotomes), ne pas laisser le chien dormir dans un endroit exposé (terrase non protégée), utiliser des moustiquaires à mailles fines (les phlébotomes passent à travers les moustiquaires standards).
Questions fréquentes sur la leishmaniose canine
Mon chien est revenu du Sud et a un titre IFAT de 1/80 : est-il leishmanien ?
Un titre de 1/80 est considéré "douteux" ou "faiblement positif" selon les laboratoires (le seuil positif significatif est généralement fixé à 1/160). Cela peut refléter une infection très précoce, une réponse immune faible ou une réaction croisée. La conduite recommandée : réévaluation sérologique 3 mois plus tard et PCR sur sang pour confirmer ou infirmer. En l'absence de signes cliniques et avec un titre aussi bas, on ne traite pas immédiatement. On surveille.
Un chien leishmanien peut-il mener une vie normale ?
Oui, dans la très grande majorité des cas, un chien bien traité et suivi régulièrement mène une vie normale. La rémission clinique est obtenue en quelques semaines, et le traitement d'entretien à l'allopurinol est bien supporté. La contrainte principale est la surveillance biologique régulière (bilan sanguin semestriel) et la continuité du traitement. Une interruption sans avis vétérinaire est le principal facteur de rechute.
Votre chien revient d'une zone endémique ?
La Vétérinaire Tours propose le dépistage sérologique de la leishmaniose (IFAT et PCR) et le suivi des chiens traités. Prenez rendez-vous pour un bilan parasitaire complet.
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